Encore des nouilles / Desproges


Desproges, grand agitateur de mots et de mauvais esprit, dans les pages de Cuisine et Vins de France pour une chronique culinaire, c’est aussi improbable qu’un dessin de Reiser dans celles du Figaro ou les recettes qu’il y distille. Avez-vous déjà essayez le Cheval-Melba ? Pourtant cette incongruité éditoriale a bien existée, un peu plus d’un an, entre septembre 1984 et novembre 1985, non sans conséquence pour la bourgeoise de moins et plus de 50 ans. Une abonnée s’est même fendue d’un courrier des lecteurs pour dire qu’elle arrachait la page de la chronique avant de lire sa revue.

Fidèle à sa légendaire méchanceté, l’auteur de « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle » tape fort et sur tout : la cuisine canadienne et celle des Baléares, l’endive et les asperges, les blancs et les noirs et, bien sûr, les femmes et les buveurs d’eau. Alors quand les deux se cumulent… « J’ai commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable, sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Eclatant comme un orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue. Cette conne a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée. »

Car si il y avait une chose sacré pour cet iconoclaste, c’était bien le vin : « Rien que de voir à travers la robe, ça donne envie de boire, et c’est pourquoi le vin est femelle et le bien boire érotique. »

C’est d’ailleurs ainsi que la rédactrice en chef de l’époque, Elisabeth de Meurville, réussit à le convaincre de tenir cette chronique, en lui promettant de le payer « en liquide » afin d’alimenter sa cave. « Ma cave, c’est toute ma vie. Enfin presque… J’y tiens énormément ! J’y descends souvent pour parler à mes vins, les caresser du regard. »

Encore des nouilles – Chroniques culinaires de Pierre Desproges, illustrations de Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski (Les Echappés),14,90€