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Rioja, 100 ans pour se construire un futur (Logroño / Espagne)

  • elegancedelarevolte
  • il y a 19 minutes
  • 3 min de lecture

Texte & photographie Jean Dusaussoy sauf mention contraire.



À l'heure où Rioja achevait de célébrer son centenaire (Logroño/ février 2026)), on pouvait s'attendre à entendre parler de tempranillo, de longues crianzas ou des grands rouges qui ont construit la réputation internationale de l'appellation. Pourtant, lorsque la conversation s'engage avec Maria Vargas, directrice technique de Marqués de Murrieta, ce sont les vins blancs qui s'imposent d'emblée.


Maria Vargas photo DR


Le sujet pourrait sembler paradoxal pour une région historiquement associée aux rouges de garde, la Rioja produisant des rouges à plus de 80%. Il est pourtant au cœur de l'actualité de l'appellation, la part des blancs ne cessant de progresser. Depuis plusieurs années, les consommateurs redécouvrent le potentiel des grands blancs espagnols et, avec eux, celui des vieilles Viuras (Macabeu) de Rioja, cépage malheusement délaissé en France (Catalogne nord) aujourd'hui. Cette reconnaissance tardive a quelque chose d'ironique car Rioja n'a pas attendu le XXIe siècle pour produire de grands blancs. Des cuvées comme l'icônique Capellanía de Marqués de Murrieta (ci-dessous en 1986) ou le mythique Viña Tondonia Blanco de López de Heredia (ci-dessous en 2014) démontrent depuis longtemps qu'une vieille vigne de Viura, associée à un élevage patient, peut donner naissance à des vins d'une profondeur et d'une longévité exceptionnelles.



Depuis plusieurs années, les blancs connaissent un regain d'intérêt spectaculaire sur les marchés internationaux. Mais derrière les chiffres de croissance, L'engouement actuel ne relève donc pas d'un phénomène de mode mais d'une prise de conscience. « Les consommateurs recherchent aujourd'hui des vins blancs plus complexes, plus élaborés, capables d'accompagner tout un repas et non plus seulement l'apéritif. »



L'Espagne dispose pour cela d'atouts considérables. Albariño, Godello, Ribeiro et Viuras trouvent aujourd'hui une reconnaissance longtemps refusée aux blancs espagnols. Pour autant, Maria Vargas refuse de considérer cette évolution comme une simple tendance, mais une demande de vin faits pour la table, à l'image de ce Viura majoritaire, vinifié intégralement en barrique par Simon Arina pour Bodegas Baigorri dans un chai cathédrale où tout se fait par gravitation. Un blanc qui trouve sa place sur l'aubergine confite avec des touches umamies, servie au restaurant de la bodega.


Bodegas Baigorri


« Produire un grand blanc est même plus difficile qu'élaborer un grand rouge. » La formule de Maria Vargas peut surprendre. Elle dit pourtant beaucoup de la philosophie qui traverse l'histoire de Rioja. Derrière chaque grand vin se cachent des vignes équilibrées, souvent anciennes, parfaitement adaptées à leur terroir. Et surtout du temps. Le temps, le mot revient comme un fil rouge tout au long de notre échange.


Ouverture à la pince, d'un Marquès de Riscal 1956 par Luis Hurtado de Amézaga, directeur technique de la bodega


C'est aussi ce qui relie Rioja à l'une des grandes influences de son histoire, Bordeaux. Les pionniers de Rioja ont observé et appris des Bordelais. Ils y ont découvert des méthodes de vinification, une approche de l'élevage et une certaine idée du domaine viticole. Le fondateur de Marqués de Murrieta, Don Luciano Murrieta, fut l'un de ceux qui rapportèrent ces enseignements dans la vallée de l'Èbre. Mais apprendre n'a jamais signifié copier, précise Maria Vargas. « Bordeaux doit conserver son identité et Rioja la sienne. » Un siècle après la création officielle de l'appellation, cette affirmation résonne avec une actualité particulière. Rioja a intégré les leçons de Bordeaux tout en préservant ses propres marqueurs : les cépages autochtones, la conduite en gobelet, la culture de l'élevage et une relation singulière à la patience. Une fidélité à soi-même a été mise à l'épreuve durant les années de domination du modèle parkerien.


Comme ailleurs, certains producteurs ont alors cherché à répondre à des critères internationaux privilégiant la puissance, l'extraction ou l'impact immédiat. Lorsque cette période s'est achevée, beaucoup ont dû redécouvrir leur propre personnalité.

« Ils ont dû se tourner vers eux-mêmes », résume Maria Vargas. Marqués de Murrieta, dont elle dirige les destinées techniques depuis plus d'un quart de siècle, a choisi une autre voie. Malgré les modes, le domaine est resté fidèle à une vision fondée sur l'élégance, la fraîcheur, l'équilibre entre le fruit et le bois et les longs élevages.


Une fidélité parfois coûteuse à court terme, mais qui apparaît aujourd'hui comme une démonstration de cohérence. Au fond, le centenaire de Rioja ne célèbre pas seulement cent années d'existence. Il célèbre la capacité d'une région à évoluer sans renier son identité tout en sachant innover. L'essor des blancs, le retour aux terroirs, la redécouverte des vieilles vignes ou l'affirmation des signatures de domaine témoignent d'une même maturité. Rioja continue d'avancer, non pas au rythme des modes, mais au rythme du temps.


Deux exemple de blancs atypiques, un Viura sous voile et un Tempranillo en blanc de noirs.


Marqués de Murrieta (La Rioja)

N-232a Km 402.26006 Logroño, La Rioja.

(+34) 941 27 13 80


Bodegas Baigorri

Crta. Vitoria-Logroño, km 53, 01307 Samaniego, Álava


 
 
 

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