Domaine Matteri où s'invente la viticulture de demain ? ( Hyères / Var)
- elegancedelarevolte
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Dernière mise à jour : il y a 11 heures
Le soleil écrase déjà les collines provençales lorsque nous arrivons au Domaine Matteri. La vigne semble immobile sous la chaleur. Pourtant, c'est précisément ici, dans ce paysage où le changement climatique est devenu une réalité quotidienne, qu'un projet singulier prend forme. Peut-on encore produire du vin comme hier dans un climat qui n’est déjà plus celui d’hier ? En Provence, le Domaine Matteri fait le pari que la réponse ne viendra pas seulement d’une innovation technique, mais d’un changement de regard. Restaurer les sols avant de produire des raisins, penser la vigne comme un écosystème plutôt que comme une culture : plus qu’un domaine, Matteri devient un laboratoire à ciel ouvert.

Olivier Lamöte (directeur général du domaine Matteri) et Patrice Lucas (CEO Micellium) lors d'une dégustation d'un rosé de Tibouren dans les vignes
On pourrait croire que l'histoire est celle d'un domaine repris par un nouvel investisseur comme tant d'autres domaines en Provence. Ce serait passer à côté de l'essentiel car en choisissant le domaine Matteri, Patrice Lucas, CEO du groupe Micellium, n'a pas seulement acquis un vignoble, il a choisi un terrain d'expérimentation. Au fil de notre entretien, Patrice Lucas revient sans cesse à la même idée : la vigne ne peut plus être pensée seule. Elle appartient à un écosystème où le sol, l'eau, les micro-organismes, les insectes, les arbres et les hommes participent d'un même équilibre. La viticulture de demain ne se construira pas uniquement dans les chais ou par la sélection de nouveaux cépages résistants. Elle commencera sous nos pieds.
Cette conviction renverse une logique longtemps dominante. Pendant des décennies, la viticulture s'est attachée à nourrir la vigne. L'agriculture régénératrice commence, elle, par nourrir le sol qui nourrit la vigne. À Matteri, cette philosophie prend une forme très concrète : restauration de la vie des sols, couverts végétaux, biodiversité, adaptation au stress hydrique, préservation de cépages patrimoniaux. Le domaine devient un laboratoire à ciel ouvert où l'on accepte d'expérimenter plutôt que de reproduire des recettes.

Olivier Lamöte et Mathieu Chazalon (Responsable stratégie RegenAg / Micellium). Etudes des sols et création de "bassines" naturelles pour récupérer les précipitations.
Cette volonté de regarder autrement se retrouve jusque dans les vins car derrière l'entrepreneur se cache un amateur de vin. « J'aime le vin », confie-t-il simplement, avant d'ajouter qu'il préfère s'entourer de personnes dont les compétences viticoles dépassent les siennes avec Olivier Lamöte (directeur général du domaine Matteri, Mathieu Chazalon (responsable stratégie RegenAg / Micellium) et Aurélien Juan (œnologue - Maître de chai du domaine Matteri). Une manière de rappeler que l'innovation naît souvent de la rencontre entre plusieurs savoir-faire.
L'innovation peut regarder vers les cepages oubliés également. Avec les chaleurs estivales, nos palais recherchent des vins frais, digestes et peu alcoolisés. Le Rousseli, cépage gris autochtone du Var, répond naturellement à cette attente. Doté d'une faible richesse en sucres, il dépasse rarement les 10 % d'alcool. Longtemps destiné aux assemblages des rosés de Provence, il retrouve aujourd'hui une expression singulière.

Rousseli & mojama
Au Domaine Matteri, il est vinifié en blanc de noirs pour donner naissance à la cuvée Célestine. Le vin séduit par sa tension, son énergie et sa délicatesse. Il accompagne facilement une mojama de thon de Barbate, dont la salinité dialogue avec sa fraîcheur, ou une simple salade grecque aux parfums méditerranéens. Derrière cette dégustation se dessine déjà une réflexion : redécouvrir des cépages anciens n'est pas un exercice de nostalgie, mais peut-être une réponse aux défis climatiques de demain.

Aurelien Juan (Œnologue - Maître de chai du domaine Matteri) lors de la dégustation, d'un rouge à dominante de Mouvraison.
Le Mourvraison raconte une autre histoire. Plus structuré, plus profond, il montre que puissance et équilibre ne sont pas incompatibles lorsque la vigne trouve sa place dans un écosystème vivant. Ici encore, le vin apparaît comme la conséquence d'un travail sur le vivant plus que comme une démonstration technique. Dans la cuvée Sous les pins du paradis, Aurélien Juan le travaille sur la tension, avec un brin d'austérité qui lui donne de la fraîcheur.
En quittant Matteri, une idée demeure. Patrice Lucas parle finalement assez peu de vin. Il parle de sols, d'eau, de biodiversité et de temps long. Comme si la qualité d'un grand vin commençait bien avant les vendanges. Peut-être est-ce là que s'invente la viticulture de demain. Non dans la recherche d'une solution miracle, mais dans l'humilité de ceux qui acceptent de considérer le terroir non plus comme un héritage figé, mais comme un organisme vivant dont nous sommes, pour un temps seulement, les dépositaires.

Domaine Matteri
Téléphone : 04 94 38 65 05



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