Accord pour un hommage / Béatrice Bernard / Le Cellier du Palais (Savoie)


Nous nous étions retrouvés, chez son amie Odile Couvert, au Domaine de L'Odylée (photo de droite ci-dessus) que j'étais venu découvrir en cette fin de confinement avignonnais. Béatrice, avec sa douce discrétion, s'était insérée dans l'atelier accords en cours pour quelques élèves de l'Ecole Hôtelière de Lausanne. Puis nous nous étions rappelés notre dernière rencontre, trois ans plus tôt, au bord du lac d'Aiguebellette avec les vins de Savoie. Alors que je repartais le lendemain matin elle m'avait laissé une bouteille de sa mondeuse Chapelle Sainte-Anne et sa carte pour lui dire ce que je j'en pense. Un de ces heureux hasards qui font partie de nos vies ambulantes...

Deux semaines plus tard, pour célébrer mes retrouvailles avec mon compagnon de speakeasy pendant le confinement, Jean-Marc Cortade de Bruit de table — avec lequel nous faisions sur sa terrasse, donnant sur le verger Urbain V du Palais des Papes, un déjeuner caché chaque week end à partir du second — et la réouverture des Halles, synonyme du retour du poisson dans les accords qui se perfectionnaient au fil des semaines, je lui avais promis de lui faire goûter, l'association aubergine /rouget /tapenade noire. L'olive noire pour pouvoir faire l'accord sur un rouge, alors que si on la remplace par un pesto, il faudra partir plutôt sur un blanc avec du gras et de l'amplitude. Mais je voulais un rouge pour ce premier dîner libéré en terrasse, La Chapelle Sainte-Anne de Béatrice.

Et quel rouge ! Alors que la mondeuse peut parfois se montrer parfois rugueuse, ici rien de tel. une jolie acidité, des tanins doux, une finesse et une amplitude sans doute décuplée par le décor majestueux de la façade arrière du Palais des Papes disparaissant dans le crépuscule (photo d'ouverture à gauche)... Un vin qui ressemble à Béatrice, toute en discrétion, mais en longueur et avec de la profondeur.

Et quel accord ! La mondeuse aime le gras, on le sait, mais ici rien d'ostentatoire. Un gras végétal, apporté par l'aubergine et la tapenade noire, auquel le rouget vient donner une note carnée et sur le tout sa mondeuse jouait de subtiles variations. “ Le plus giboyeux des poissons pour des tanins de velours. L'aubergine apportant du gras et l'olive noire faisant le pont aromatique” , écrirai-je le lendemain matin dans un de ces posts qui me servent de note book. J'ai vu que Béatrice avait liké rapidement la publication et je me suis dit qu'il faudrait que je lui en parle plus en détail. Mais voilà, Béatrice a disparu cette même nuit et il me reste en tête la phrase que j'ai dite à mon compagnon alors que le croissant de lune descendante venait de disparaître derrière les créneaux du palais dans la nuit noire : “ On est bien là Tintin ! ” Je me suis inquiété de la platitude de ma citation, mais Jean-Marc me l'a confirmé par un “ Tu as raison, on est bien là Tintin ! ” Un moment de partage où tout fait résonance.

Je ne connaissais pas beaucoup Béatrice, mais j'ose espérer que celles et ceux qui l'aimaient l'y reconnaîtrons.

Le Cellier du Palais

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