3 Days in Sud-Tyrol / Alto Adige (Italie) / Part I - Manincor (Caldaro) / Around the lake

 

Ce qui surprend, en arrivant à Caldaro/Kaltern, ce n'est pas tant la beauté le lac que la langue. Bien que tous les panneaux indicateurs soient dans les deux langues, Italien et Allemand, il n’y a que la seconde que l’on entende parler. Mais il est vrai que le Sud-Tyrol n’est italien que depuis tout juste 100 ans avec la désintégration de l’Empire austro-hongrois à la fin de première guerre mondiale.

 

 

A Manincor (litteralement "La Main sur le coeur"), la famille du comte Michael Goëss-Enzenberg a du choisir entre rester autrichienne et partir ou rester et devenir italienne. Le lien à la terre l’emporta, leurs racines étant à Manincor depuis 1608. Aujourd’hui les caves d’origines jouxtent le chai souterrain édifié en 2004, sur trois niveaux et basé sur le principe de gravitation, pour ce domaine conduit en biodynamie.

 

 

Avant la dégustation, la comtesse Sophie me fait les honneurs de la cave. A Manicor, tous le vins sont en vinification intégrale, à la bourguignonne, soit dans de foudres Stockinger (cf. photo ci-dessus) avec bâtonnage pour les blancs, soit dans des cuves à tronc conique (photo ci-dessous) pour les rouges, puis en fût de chêne pour l'élevage.

 

 

Du chêne français ou bien de leur forêt sous le Château de Leuchtenberg en face de Manicor, grâce à leur partenariat avec Stockinger qui récupère le bois une fois une fois qu'il est resté à l'air 3 ans pour le transformer en barrique (photo ci-dessous).

 

 

Le bois est très important dans l’élaboration de leurs vins car, maîtrisé, il devient une véritable signature tout comme cette légère macération pelliculaire sur la plupart des blancs…

« Ce que je n’aimais pas en dégustation — et que je n’aime toujours pas — c’est de sentir arriver le tannin trop tôt, qui vous empêche de jouir de la qualité du vin. Vous avez ce tannin qui est là, qui vous ennuie, vous ne sentez pas si le vin est floral, s’il est fruité, vous ne sentez rien du tout finalement… Le tannin, il en faut certes, mais il doit être extrait avec finesse : uniquement les tannins de la peau » disait Henri Jayer (1). Il en va de même pour l'élevage, il ne faut pas que le bois vienne masquer le fruit.

 

 

Sur l’importante dégustation qui s’ensuit, cinq vins retiennent tout particulièrement mon attention. A commencer par un pinot blanc vertical, cépage peu courant en France à part en Alsace, avec Eichhorn (2017/DOC Alto Adige Terlano). A la fois fruit blanc (poire) et légèrement salin, il offre une belle longueur en bouche, parfaite pour les fruits de mer et les fromages.

 

 

Puis vient un étonnant sauvignon blanc, qui n’a absolument rien de variétal, Tannenberg (2017/DOC Alto Adige Terlano), provenant du même terroir que le précédant, le Liebeneich sur le site de Terlan, coteau exposé sud-ouest à 300 mètres d’altitude. On retrouve des notes salines avec une structure plus ample et une belle maturité, mais sans aucune note d’agrume ou de thiols marqués qui ne vienne comme trop souvent « maquiller » ce cépage, le rendant vulgaire. Il me renvoie à un autre sauvignon, celui de la cuvée Pierre-Alexandre (AOC Menetou-Salon) 2008 du domaine de Châtenoy, Une parcelle, récolté en légère surmaturité puis vieilli un an en fût neuf, mais dont le bois est fondu par les ans. Des sauvignons coniques comme les portes des commanderies de templier, discrets à l’attaque mais ample en fin de bouche, qui peuvent résister sans problème aux poissons, viandes blanches et même salaisons.

 

Le dernier blanc est un muscat jaune (2), Moscato Giallo ( 2017/DOC Alto Adige) ici vinifié en sec, mais qui généralement est passerillé (Passito) pour en faire un vin dit de dessert qui néanmoins fonctionne très bien sur les bleus (fromages). Vinifié en sec, il conserve toute son aromaticité avec une pointe d’amertume, chère au Italiens (3), en fin de bouche pour compenser son exubérance, ce qui en fait un bon compagnon pour l'apéritif.

 

 

Sur les rouges, à côté des cépages internationaux dont un magnifique pinot noir (le cuvée Manson 2017/ DOC Alto Adige), j’ai découvert deux cépages indigènes en pleine renaissance, le souple Schiava et sa culture traditionnelle en pergola et le structuré Lagrein.

Le Schiava viendrait du mot esclave, peut être en raison de l’extrême productivité de cette variété riche en moût, peu coloré ayant la réputation de donner un vin de table ordinaire, très clair et peu alcoolique. Un vin de soif en somme ! Mais avec der Keil (2017/DOC Lago di Caldaro Classico superiore), la Cale en Allemand (celle du bateau car cette parcelle de vieilles vignes est située sur un coteau regardant le lac de Caldaro), rien de tel. Si l’on retrouve une trame légère propre à la variété, la vinification intégrale à la bourguignonne lui donne une complexité et des notes camphrées.

 

Terminons par le Lagrein, qui, selon des études ADN, serait une nièce de la Dureza et par conséquence un cousin de la Syrah ainsi qu’un petit fils du Pinot noir. Un cépage traditionnellement cultivé en pergola comme le Schiava auquel il était souvent associé dans les assemblages pour sa structure. Ce n’est pas le cas de la cuvée Rubatsh (2016/ DOC Alto Adige) où il exprime toute son ampleur maîtrisée par le bois sans être marqué par lui, si ce n’est par quelques notes fumées. Là encore, le raisin provient de parcelles dominant le lac de Caldaro car presque tout tourne autour du lac à Manincor. D'où l'idée lancée de creuser, la main sur le coeur, la question des accords sur ces vins uniquement avec des produits around the lake : escargot, poisson, lièvre. A suivre...

 

Sur la crête, le château de Leuchtenberg depuis Manicor 

 

Manincor

San Giuseppe al Lago 4

39052 Caldaro / Italia

 +39 0471 960230

info@manincor.com

 

 

(1) Grand vigneron du vignoble bourguignon aujourd’hui disparu.

(2) Cépage du cuve blanc, musqué, cultivé depuis le XIXème siècle dans le Alto Adige

(2) Lire sur ce sujet le livre d'Emmanuel Giraud, L'Amer aux éditions Argol.

 

 

 

 

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