Le Genre du vin

 

Le vin est-il sexué ?

C’est la question que nous avons posée lors du salon Millésimes Alsace, à Colmar, et en particulier au cours de la soirée d’inauguration organisée par les charmantes DiVINes d’Alsace, du nom de l’association locales des femmes de la vigne et du vin.

Lors de ce voyage, nous avons constaté avec amusement que, si la question semblait faire naître un sourire taquin sur le visage des interrogés comme pour dire que le débat était déjà dépassé et absurde, force fut de constater qu’en Alsace (et nous sommes prêts à parier que le cas est national) le vocabulaire genré du vin était toujours présent.

 

Le succès des associations féminines du vin et de la vigne

Il existe à ce jour une dizaine d’associations regroupant les femmes de tous les métiers du vin et de la vigne en France. Chaque grande région viticole possède ses représentantes, qui se réunissent également à l’échelle nationale au sein du cercle des « Femmes de vin ».

En Alsace, les « DiVINes » sont nées en 2011 et comptent une cinquantaine de membres. Elles poursuivent l’objectif de montrer la diversité des vins de la région et se réunissent régulièrement autour de dégustations et sujets thématiques. Il serait facile de visualiser la scène d’un œil machiste, mais comme le précise Céline Stentz, membre de l’association et chargée de promotion pour le domaine Stentz-Buecher, il ne s’agit pas de « réunions tupperware » ! Les DiVINes, loin du cliché des rivalités féminines, sont très soudées et connaissent toutes les vins des « copines ». Plus globalement, le succès de ces associations s’explique facilement par une sous-représentation de ces dernières dans le métier du vin. Si cela change depuis déjà quelques années, force est de constater que parmi les producteurs, et à fortiori les récompensés, la gente masculine l’emporte en nombre. Il faut du temps pour s’imposer sur cette scène historiquement testostéronée, et l’union fait indubitablement la force.

 

Mélanie Pfister, présidente de l’association des DiVINes 

Vin masculin, vin féminin

Sans trop nous creuser, nous pourrions définir un vin masculin comme étant puissant, corsé, bourré de tannins, et au contraire voir un vin féminin plus subtil, fin et léger. Seulement voilà, il n’existe pas plus de vin influencé par le sexe de son producteur que de goût de dégustation genré. Les divers papiers sur le sujet ont déjà démontré que, non, toutes les femmes ne préfèrent pas les blancs légers et sucrés quand les hommes seraient enclins à choisir un bon rouge puissant. La disparité des goûts des consommateurs dépasse la division sexuelle de même qu’il est impossible de deviner à l’aveugle le genre du producteur d’un vin. Ce dernier influence sa production par son savoir-faire, son histoire et sa personnalité, et compose avec le sol dont il a hérité. Nous avons même constaté lors de notre séjour alsacien que les vins les plus secs et tendus étaient produits par des femmes !

 

 La preuve par la dégustation

L’un de nos coups de cœur, le crémant (1) servi par Céline Stentz lors de la soirée des DiVINes, est un vin que nous pourrions qualifier de « féminin », et pourtant c’est son frère qui vinifie, alors que Céline le commercialise.

Autre exemple des plus parlant est celui de Mélanie Pfister, du domaine éponyme et présidente de l’association des DiVINes, qui affirme clairement sa préférence pour les choses plus « tendues »... Elle nous nous confiait, en nous faisant déguster un Rieisling Réserve particulière de 1985), qu'en blanc, les vins avec le plus de finesse sont ceux vinifiés par son père, à l'inverse du pinot noir dont il faisait des vins plus structurés qu'elle ne fait elle-même aujourd'hui.

Et chez les sœurs Meyer, nous ne trouvons presque que des « vins droits » ! La poigne d'amazone, mais artiste d'Isabelle, qui dessine également certaines des étiquettes, se retrouve dans les vins du domaine Josmeyer, nommé ainsi en hommage à leur arrière grand-père Joseph Meyer . Elle qualifie elle-même ses vins de « très animal » et même « d'osseux » pour ce Brand (1996) de pinot gris, mais de « plus intellectuels » pour ses rieslings.

En contrepoint, sur le domaine Kreydenweiss, en biodynamie depuis le début des années 90, les vins que nous avons pu goûter, vinifiés par le père, Marc, comme par le fils, Antoine, sont d’une extrême finesse... mais sont-il plus féminin pour autant ?

 

 Isabelle Meyer du domaine Josmeyer 

 

Finalement, la seule différence femmes/hommes que l’on peut concéder réside peut-être dans l’interprétation d’un vin. Les premières auraient plus naturellement recours à une analyse sensorielle basée sur l’émotion lorsqu’elles décrivent un vin, quand les seconds seraient plus à l’aise avec les termes techniques. Mais pourtant la première fiche de dégustation sensorielle est en train d'être mise au point par... un homme avec L'Université des grands vins, Jean-Michel Deiss (nous en reparlerons).

Il est alors d’autant plus amusant d’entendre un vigneron décrire son vin en usant de caractéristiques stéréotypées du genre, comme ce fut le cas lors de la belle dégustation des crus d'Andlau, un vin qui, je cite, « a de la virilité », et d’expliciter ainsi « un vin sec en bouche, minéral, qui a de la poigne, qui est droit. » Un vin qui sait ce qu’il veut !

 

 

(1) Crémant « Eventus » 2010, Domaine Stentz-Buecher. Assemblage 50% chardonnay, 50% pinot noir, sans souffre.

 

 

 

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