(Saint) Patrick Roger / La rédemption par le chocolat

©michellabelle

 

Patrick Roger, brut, authentique, sait dompter la matière chocolat comme personne. C'est un acharné, sa valeur est le travail. Cependant, ce n’est pas sur les bancs de l’école qu’il se sent le plus à l’aise. Ce fils de boulanger quitte le collège pour faire un CAP de boulangerie-pâtisserie. Sa passion à lui, c’est la moto. La moto c’est le « nerf de la guerre », l’ivresse de la vitesse et l’indépendance. Dans sa jeunesse, il accumule un, deux, trois, même quatre petits boulots. Il faut travailler, vite, vite, pour atteindre son objectif, pour se la payer cette moto tant désirée.

 

Pour ses études, il part faire son apprentissage en pâtisserie à Châteaudun (Eure-et-Loire). Comme ça, comme il aurait pu faire charpentier, prothésiste dentaire… « J’ai tout fait sans me poser de question ». Là les choses changent, tout à coup, il se retrouve premier de la classe. À dix-huit ans, il arrive à Paris, chez le pâtissier-traiteur Pierre Mauduit. Mais, au bout d’un mois, pour le punir de son manque de motivation, Pierre Mauduit le « balance » au poste de chocolatier. Le travail du chocolatier est un travail « barbare », un travail de répétition. C’est là que tout bascule. La matière chocolat va le révéler. Le pâtissier repère chez lui une certaine tendance à l’autisme, une étrange facilité à répéter les tâches, toujours les mêmes, une capacité à reproduire à l’infini, entre autres capacités d’exigence et d’excellence. Pierre Mauduit lui confie alors des travaux pointus, délicats. C’est la fin des années 1980, il va alors concevoir des pièces artistiques en chocolat pour les réceptions de Jean-Paul Gaultier, Serge Gainsbourg…. C’est dans ce travail de production immense, infini, que naît, doucement, une pensée artistique. C’est après plusieurs années de travail acharné qu’il s’installe à Sceaux (Hauts-de-Seine), où il déniche une petite boutique-atelier en 1997. La talent de Patrick Roger est immédiatement reconnu par ses clients. Il expose dans sa vitrine de Sceaux les sculptures chocolatées sorties de son imagination.

 

 

En 2000, il remporte le titre de meilleur ouvrier de France, catégorie Chocolat. Après 27 heures de travail, Patrick présente « Harold », accroupi sur ses pointes de pieds. Ce planteur de cacao de 62 kg convainc le jury exigeant. La reconnaissance, enfin.

 

Il quitte son petit atelier, en 2009, pour investir une ancienne imprimerie de 700 m2 où il confectionne toujours, sans relâche, de nouveaux chocolats, invente de nouvelles recettes pour toutes les occasions, et surtout sculpte de nouvelles pièces.

 

Avec le chocolat, Patrick Roger va explorer l’univers du goût, un univers que tout le monde partage : « Le goût n’a pas de frontières, il n’y a que l’homme qui a des frontières » et cet humaniste exigeant sait ce qu’il veut : « Il ne peut pas y avoir de concession sur le goût ». Chacun doit se plier à sa volonté. Ses boutiques quifleurissent à Paris (la capitale et la région parisienne en compte huit aujourd’hui et une à Bruxelles) c’est lui qui les choisit, les aménages et crée les vitrines.

©Nicolas Le Provost

 

Mais plus qu’un chocolatier, Patrick Roger est un sculpteur qui travaille cette matière noire, odorante, étrange, qui lui ouvrira les portes de son talent créatif. Figures humaines, animales, pures abstractions, Patrick Roger puise dans le monde qui l’entoure, dans la nature qui le préoccupe, le chocolat devient support de vérité. Avec le temps, vient le besoin, l’envie de pérenniser l’œuvre, les sculptures de chocolat se transforment en sculptures de bronze, d’aluminium (grand bien lui a pris d'ailleurs car seules celles-ci ont résisté à l'immense incendie qui a détruit, en 2014, une grande partie de son atelier).

Le travail du chocolat devient art. Depuis quinze ans, les œuvres ses sont multipliées, transformées. Le laboratoire du chocolatier devient atelier d’artiste : ici un groupe de lionnes en bronze et une raie en alluminium, là des chimpanzés en chocolat, des œufs de Pâques et des fritures garnies de praliné qu'il confectionne avec ses propres amandes et plusieurs blocs de chocolat d’une tonne chacun.

 

 

Pour fêter le 175ème anniversaire de la naissance d’Auguste Rodin et la réouverture du Musée (en novembre dernier) Catherine Chevillot, directrice du musée, est venue chercher Patrick Roger (lui qui n'a jamais vu de musée avant ses 25 ans), pour rendre hommage au sculpteur. Résultat, un « Penseur » en version chocolat exposé dans le hall du musée et un magnifique ouvrage, « La Sculpture du goût » un livre pour plonger dans l’univers de Patrick Roger et ses œuvres.

Cet hiver, Patrick Roger a également créé un « Pop-up store » dans le Marais, où il a exposé ses sculptures de bronze et d’aluminium au cœur d’un atelier de chocolat. Boutique éphémère, lieu d’exposition, un concept moderne, dans l’air du temps.

 

 

La rédemption est proche... guettez ses prochaines créations. D'ailleurs chez Septième Goût, on a hâte d'être le 17 mars pour goûter un « Saint-Patrick », chocolat aux accents irlandais aliant l'amertume du chocolat noir à celle de la bière Guinness que Patrick Roger a imaginé pour sa fête.

 

http://www.patrickroger.com/fr/

 

 

 

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