Abstèmes s’abstenir


« Abstèmes s’abstenir », c’est d’abord un vin comme on les aime. Un vin de France, issu des vignes du Quercy, fait par Matthieu Cosse et Catherine Maisonneuve en biodynamie. Un 100% gamay gourmand où l’on croque le fruit sans déviance. Un de ces vins avec lesquels il ne fait pas bon de se retenir, que l’on achète par paire et où, lorsqu’on débouche la première bouteille entre amis, on n'attend pas de la terminer avant d’ouvrir la seconde.

Y a-t-il déjà eu un jour une prohibition heureuse ?

« Abstèmes s’abstenir », un nom qui sonne comme un avertissement pour un alcoolique anonyme en passe de rechute, la dernière tentation pour Saint Antoine et un joli pied de nez aux lois Evin. Car — question philosophique — comment s’abstenir avant d’avoir goûter ? Comment renoncer au mal, si mal il y a, avant d’avoir péché ?

Une abstinence de principe en vertu de principes hygiénistes, relayés par des slogans moralisateurs « L’abus d’alcool est dangereux pour… A consommer avec… », qui finiraient par faire de nous des eunuques heureux (je n’oublie pas la gente féminine, mais je n’ai pas trouvé d’équivalent) parce que sans désir. Une fois bannis, le tabac, l’alcool, le gras, il ne restera plus que le sexe à éliminer ou à consommer avec modération et de manière light et protégée. Mais nous n’en sommes heureusement pas encore tout à fait là. D’ailleurs — autre question philosophique — y a-t-il déjà eu un jour une prohibition heureuse ?

Boire meilleur

La question aujourd’hui n’est pas tant de ne point ou moins boire que de mieux boire (des vins bien faits) et peut-être boire meilleur. « Boire meilleur ! ». Une récente rencontre avec le responsable de Coravin (vous savez ce système anglo-saxon qui permet de se servir un verre sans ouvrir la bouteille. Si, si, cela existe, la preuve ! http://www.coravin.fr) m’a fait revoir le sens de cette expression. Pendant qu’il m’expliquait le procédé, que j’avais testé quelques temps avant et auquel j’adhérais plutôt sur le principe, un vieux fond, disons gaulois pour simplifier, mais que l’on pourrait étendre, au moins, jusqu’à sud-européen, renâclait en moi sur le côté peine-à-jouir de la chose. Effectivement cela permet de servir qu’un seul verre à la fois sans risquer d’oxyder le vin ! Mais pourquoi se limiter à un seul verre ? Est-ce cela « boire meilleur » ?

Cela me renvoyait à ces plaisirs solitaires car honteux (je ne développerai pas) ou méditatifs (cela peut se concevoir pour un spiritueux avec un cigare), mais sûrement pas pour un vin (quoiqu’avec un liquoreux cela peut se défendre, mais là on rejoint les digestifs). Car « boire meilleur », c’est au fond bien boire bien accompagné car le vin comme le pain se partage. Une de ces choses dans la vie que l’on ne peut bien faire qu’à deux, au minimum. Abstèmes s’abstenir !

Domaine Cosse-Maisonneuve

Les beraudies, 46700 Lacapelle-Cabanac

Tel : 05 65 24 22 37

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